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Publié : 10 avril 2009
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La seconde GT6 improvise au théâtre des Deux Rives…

La classe de seconde GT6 a participé au projet proposé conjointement par la Direction des affaires culturelles du rectorat et le Théâtre des Deux Rives.

Il s’agissait à partir du mois d’octobre de construire la suite de la première scène du Numéro d’équilibre d’Edward Bond.
Les élèves ont travaillé avec Jérôme Hankins et Claire Méchin : la classe s’est constituée en groupes. Chacun d’entre eux improvisait une suite possible. Lors de six séances de trois heures, les groupes ont travaillé à partir de leurs idées, de leur imagination pour apprivoiser les formes potentielles de jeu.

Les élèves ont vu ensuite le spectacle, avant de présenter tout un vendredi leurs travaux devant l’auteur lui-même, qui les a fait improviser avec des objets très simples.

Voici des extraits du récit de leur expérience.

Le spectacle

Sur un décor très simple se composant d’un parquet, d’un mur et d’une porte va se décider le sort du monde, l’équilibre du monde étant ici représenté par un point invisible que les personnages vont se transmettre au fil de la pièce. Elle peut faire rire à de nombreux moments malgré un ensemble plutôt tragique amenant à réfléchir sur la responsabilité de chaque individu sur l’équilibre du monde. (Clément)

J’ai trouvé super intéressant de pouvoir se représenter la vision du monde. Selon lui, chaque personne tient le monde en équilibre ; chacun est responsable. C’était la première fois que je mettais les pieds dans un théâtre et aujourd’hui, je me demande quand sera la prochaine (Jonathan)

La pièce comique nous fait réfléchir sur la manière dont nous traitons le monde, les autres et nous-mêmes (…)Je n’étais jamais allé au théâtre, je pensais que c’était ennuyeux, mais j’ai changé d’avis. (Maxime)

Voir et je n’y avais jamais pensé, que personne ne s’intéresse vraiment à l’équilibre du monde… La pièce est à la fois comique et tragique et fait vachement réfléchir. (Florian)

La scène de l’aide sociale ne m’a pas laissé indifférent : elle mêlait humour et dégoût (Elie)

Le spectacle critique la société moderne et invite à la réflexion sur nous-mêmes. Il m’a montré le théâtre du XXIe siècle et m’a fait réfléchir sur la vie (Jorick)

Cette pièce critique la société et accompagne le spectateur à la réflexion sur lui-même par rapport à chaque personnage (Nicolas)

Moi qui n’étais jamais allé au théâtre, grâce à cette pièce, je n’ai plus la même pensée qu’avant. Cela m’a permis de le découvrir et de l’apprécier (Valentin)

C’est une déchéance du monde, toutes les personnes s’en fichent sauf Viv et Nelson. Pour eux, le point est le maintien du monde. Cette pièce critique la société moderne et nos comportements humains. Et on a une réflexion sur nous-mêmes (Quentin)

Les séances de travail avec Claire

La plus longue phase, c’est la préparation. On nous a donné la moitié de la première scène, nous l’avons étudiée et notamment toutes les allusions à ce fameux point qui allait nous poser tant de difficultés. Nous avions une multitude de suites possibles, nous avons compris la nécessité de définir le point (…) La majorité de nos idées sont venues d’ erreurs, d’oublis, ou de bêtises faites pendant les répétitions.(Clément)

Je dois avouer que l’annonce du projet au début d’année ne m’enchantait pas. Sans mentir, l’idée que je me faisais du théâtre était un cliché du genre « le théâtre c’est nul et ennuyeux ». Ajouté à cela que nous étions une des rares classes à participer à ce projet, je me disais que j’étais « maudit ». Ma vision du théâtre a vite été changée. En effet, la première séance avec Claire et Jérôme m’a vraiment plu. Les exercices avec la couverture m’ont vraiment marqué surtout celui dont le but était de considérer la couverture comme une panthère et de la dresser. On apprend sur la gestuelle, l’intention de la mise en scène (Baptiste)

Maintenant j’aime le théâtre, autant le voir que le jouer (Victor)

J’ai beaucoup appris avec les séances : personnellement j’avais du mal à jouer devant les gens. Je n’avais pas confiance en moi et j’avais peur de mal faire. (Robin)

Je n’avais jamais fait de théâtre avant et cela m’a appris la confiance en moi et la concentration (Thibaut)

Le théâtre que j’ai fait depuis le début de l’année m’a donné une autre vision que celle que j’avais avant. Je n’aurais jamais pensé qu’exprimer ses sentiments était aussi difficile. J’ai compris que si on ne se mettait pas dans le personnage, on ne pouvait arriver à faire ce que demande le scénario et qu’il fallait penser d’abord au travail de soi même et non à ceux qui nous regardent (Robin)

On a pu observer le rapport entre les personnes de la classe par exemple à partir de l’exercice d’échauffement avec les yeux bandés. Les échauffements ont pour but la confiance entre ceux qui les font. D’autres exercices permettent de libérer les expressions et manières de jouer.(…)Chaque groupe pensait pour sa pièce, mais aussi pour les pièces des autres. Les échanges furent très concrets et ont permis de débloquer les situations difficiles. Je retiens la solidarité et l’implication de chacun envers les autres, l’écoute accordée aux scènes en train de se dérouler (Guillaume)

L’exercice consiste à bander les yeux d’un et à le confier à un autre qui guide l’aveugle. La confiance est primordiale dans le métier d’acteur et le théâtre aussi aide à développer cette confiance (Mohamed)

Dans la pièce, j’étais Viv et je vous laisse comprendre comment il était difficile de montrer quelque chose comme un détonateur alors qu’il n’y a rien par terre. Mais le travail de Claire m’a aidé à rester concentré (Florian)

La découverte de l’improvisation fut pour moi un réel plaisir : jouer un rôle, créer, inventer une histoire, faire partager des sentiments. Les exercices banals à première vue, étaient difficiles à pratiquer et permettaient d’en apprendre plus sur les autres et sur nous-mêmes (Elie)

Le travail m’a plu car il nous a ouvert les uns aux autres, à la création théâtrale et à la possibilité de jouer pour la première fois (Nicolas)

J’ai apprécié ce projet car il m’a appris plusieurs choses : l’écoute d’autrui, la confiance faite à ses camarades. J’ai appris cela à travers les exercices (Kevin)

Nous apprenons les mouvements sur une scène, ce qui m’a appris à me situer et à exprimer mes sentiments aux spectateurs, la confiance avec les autres (Valentin)

La présentation

Le vendredi a été une expérience formidable. J’ai pu comprendre la différence entre être spectateur et acteur. Jouer la pièce qu’on a inventée devant plus de cent personnes, c’est une chose qu’on ne fait peut-être pas plusieurs fois dans sa vie et c’est inoubliable (Valentin)

Le fait de voir d’autres productions des autres lycées m’a intéressé car on était tous dans le même cas et j’ai aimé les inventions des autres. (Quentin)

Bond a dit qu’il était fasciné par chacune des présentations qui lui ont donné à réfléchir que cela soit sur notre point de vue, nous qui n’avons pas encore grande expérience de la vie ou sur sa propre pièce (Adrian)

L’après-midi avec Bond
Le travail que nous avons fait avec Bond visait en partie à nous faire comprendre notre ignorance des autres et la violence latente du monde dans lequel nous vivons. (Clément)

Bond nous a fait travailler : nous commençons par un drap habitant la chose nous faisant le plus peur au monde jusqu’à demander de l’eau en étant ignoré par les autres. Le but de ces exercices, pour moi, était de nous faire comprendre la difficulté du théâtre, de nous faire évaluer nos limites entre nous et l’acteur, aussi, de nous faire voir qu’à force de voir la souffrance, on finit par en être ignorant. Est-ce cela l’humanité ?(Jonathan)

Les exercices que Bond nous a demandé de faire étaient d’apparence facile car nous les avions déjà fait avec Claire, mais avec ses exigences, cela m’a semblé beaucoup plus difficile(Florian)

Bond a beaucoup étudié grâce à ses meilleurs outils : ses yeux. Il exprimait ce qui pour lui était essentiel : un acteur ne doit pas se préoccuper de l’effet qu’il procure sur le public (Guillaume)

Les exercices avec Bond montrent qu’être acteur n’est pas si simple, que parfois, nous sommes acteurs sans nous en rendre compte et que quand nous faisons l’acteur, nous nous cachons sous le rire, nous faisons le clown pour éviter le regard des autres. (Eloïse)

On essaie de se cacher derrière un personnage en riant ou en regardant Bond pour voir si on « fait bien » (Jorick)

Ce projet a changé mon point de vue par rapport au théâtre que je considérais comme un devoir, mais que je considère maintenant comme un jeu ((Hocine)

Malgré sa langue étrangère qui est l’Anglais, la journée a été exprimée en langue universelle qui est le théâtre (Adrian)

J’ai appris que le rire était un moyen de défense, une frontière qu’il fallait briser. Il faut faire et non pas faire pour les autres et pour plaire. ((Abel)

La scène se déroule dans la chambre d’une adolescente, Viv. Nelson frappe à la porte.

Nelson :Viv…C’est moi.

Viv : Entre, c’est ouvert.

Nelson entre, s’assoit sur une chaise.

Viv : T’as fait quoi aujourd’hui ?

Nelson :Du théâtre.

Viv : Du théâtre ?

Temps d’arrêt.

Viv : T’as joué ?

Nelson : Ouais, un docteur dans un hôpital psychiatrique.

Viv : C’était bien ?

Nelson : Grave.

Viv : Pourquoi ?

Nelson : Parce que j’ai bien aimé.

Viv : Non ! Pourquoi vous êtes allés faire du théâtre ?

Nelson : Pff… c’est compliqué…
Réfléchit.
Nelson : En fait, c’est à cause de notre prof…
Se corrige.
Grâce à notre prof. Elle est fan de théâtre. Tu connais Edward Bond ?

Viv : Non.

Nelson : C’est le Shakespeare d’aujourd’hui, enfin bref. Elle adore Bond et elle s’est arrangée pour qu’on participe à un projet théâtre avec sept autres lycées.

Viv : C’est quoi le rapport avec James Bond ?

Nelson : Edward Bond ! Attends, je finis. Le principe du projet, c’était qu’ils nous filaient la première scène d’une pièce écrite par Bond…

Viv : Qui…

Nelson : On s’en fout ! Et nous on devait inventer la suite et la jouer.

Viv : Galère !

Nelson : C’est ce que je me suis dit au début mais en fait c’était cool. On faisait des séances de trois heures avec Claire, une actrice, pour inventer notre histoire, apprendre un peu à jouer…Et on a eu une séance avec Jérôme, le metteur en scène de la vraie pièce.

Viv : Des séances de trois heures !!!

Nelson : Ouais, mais à la place de trois heures de français.

Viv : Ah ouais ! trop cool alors ! Mais c’était quoi l’histoire ?

Nelson : Dans la première scène, il y a une fille ; elle fixe un point, on ne sait pas ce que c’est ; elle est dans un squatt qui va exploser et son pote veut l’aider. Dans notre version, le point c’est une petite boîte d’ectasy que la fille a avalée, alors elle est shootée. Son pote veut l’aider mais y a un dealer qui arrive et juste après, la police embarque tout le monde, sauf le dealer. La fille se retrouve à l’HP avec moi et mon assistant schizophrène qui ne sait que dire « poulet » et lancer du riz ; y a la police et son pote. On lui pose des questions et on s’en va. Mais y a le dealer qui revient ; il se fait repérer, on l’arrête et la fille en profite pour s’enfuir.

Viv : Au public J’ai rien compris.

Nelson : Dans la vraie pièce, le point, il tient le monde en équilibre et la fille le protège ; mais son pote arrive pas à la faire sortir du squatt qui explose ; elle meurt et la terre tourne toujours. Elle s’est pas vraiment trompée, en fait tu verras après. Ensuite son pote voit plein de mecs chelous et il vit dans la rue ; y a une assistante sociale qui fait le contraire de son métier, un voleur unijambiste qui l’est pas vraiment, une clocharde qui le prend pour son fils et un expert en démolition et sa femme. Mais l’expert fait péter la planète en dansant un tango avec l’assistante sociale qui écrase le point qui se trouvait en fait dans le coin repas de la femme de l’expert.

Viv : Au public C’est encore pire maintenant. À Nelson en concluant Et vous avez joué votre pièce aujourd’hui ? Ça s’est bien passé ?

Nelson : On a trop géré ; j’ai adoré ; c’était la première fois que je faisais vraiment du théâtre.

Viv : Et les autres, c’était comment ?

Nelson :Nelson Ils ont fait des trucs vachement bien, mais c’est trop dur à expliquer, tu comprendrais pas.

Viv : C’est tout ?

Nelson : Non, après, ils nous ont enfermés pendant quatre heures.

Viv : Qui ?

Nelson : On s’en fout. Pendant quatre heures, avec Bond. On a parlé avec lui et fait des exercices de théâtre, (il m’a donné une pomme). Au début, ça m’a pas vraiment passionné, mais la prof nous a expliqué qu’il voulait nous faire comprendre sa pièce et sa vision de la situation humaine. Ça m’a fait réfléchir et je me suis dit qu’au fond, tout le monde pense comme lui, que l’homme peut et doit changer pour construire un monde meilleur ; mais qui est prêt à le faire ? Au final, c’est à ça que m’a servi le projet.

Viv : Pour elle seule. Waou ! Quel philosophe ! À Nelson C’est cool de faire ça avec sa classe !

Nelson : Carrément !

Temps d’arrêt

Viv : Bon…On fait quoi ?

Nelson : Bah, on attend Godot…

(Antonin)


La réponse de Jérôme Hankins

Chers ami(e)s du lycée Blaise Pascal,

Babeth, la responsable des relations publiques au Théâtre des 2 Rives
m’a transmis vos remarques et vos écrits. Je tiens tout d’abord à vous
remercier de ce travail que j’ai lu avec passion — et admiration. Vous
avez manifestement saisi en profondeur les problèmes et les enjeux
contenus dans la pièce, avec une lucidité et une intelligence déjà
pleines de maturité. Je crois même que vous avez parfois mieux
compris la pièce et le travail de Bond que beaucoup d’adultes que j’ai
rencontrés.

Vos analyses nous auraient été très utiles pendant les répétitions.
Je me réjouis d’apprendre que notre travail ensemble vous a
réconciliés avec la notion même de théâtre. Comme vous avez pu le
voir, Edward Bond, moi-même, ainsi que toute l’équipe, avons une
grande confiance en votre génération et en votre capacité à inventer
un monde moins injuste, plus lucide.

Le compte rendu que vous avez rédigé prouve que nous avons bien raison de vous faire confiance.

En espérant vous revoir un jour pour échanger et dialoguer. En
attendant, sachez que vous serez toujours les bienvenus au Théâtre
des 2 Rives si vous voulez tenter d’autres expériences et voir d’autres
spectacles : vous faites désormais partie de l’équipe.

Bien amicalement,

Jérôme Hankins