Publié : 19 septembre 2006
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3ème prix : Père, je te hais !

Père, je te hais !

Les gouttes d’eau de pluie martelaient les carreaux des fenêtres, le vent soufflait, le soleil se couchait et les nuages gris couvraient le ciel. J’entendais des branches d’arbres claquer contre les murs. Le toit grinçait, l’atmosphère était affreusement glaciale.
Comme j’étais terrifié à l’idée de voir papa ouvrir la porte de ma chambre pour venir me trouver, je suis allé me cacher dans le grenier, derrière le vieux piano qui n’avait presque plus de touches.
J’ouvris grand les oreilles et entendis maman crier. Pour savoir pourquoi elle hurlait, je sortis de ma cachette et entrouvris la porte du grenier. Mes parents se tenaient devant l’escalier qui y menait, devant la porte de ma chambre.

Maman était devant papa qui se mit à crier :
« -Qu’est-ce que ça peut te faire ? Tu n’as pas à savoir où j’étais !
- Quoi ? Moi qui suis ta femme, je n’ai pas le droit de savoir où tu étais ? s’étonnait maman. Et en plus tu es soûl ?
- Et alors ? Je n’ai pas le droit d’être un peu pompette ? Et quand je rentre du travail, j’aimerais bien voir le dîner prêt, continua papa.
- Tu parles d’un travail ! Si tu crois que je ne sais pas que tu vas chez la voisine d’en face faire la fête, alors, tu te trompes... C’est fini ! Tu m’entends ? Ce soir, je fais mes valises et j’emmène le petit avec moi. Je ne veux plus jamais te revoir ! hurla maman ».
Le visage de papa devint rouge de colère.

Maman se mit à grimper les escaliers menant au grenier pour me rejoindre mais papa lui attrapa la main et la força à s’agenouiller en lui tordant le bras avec rage et colère.
« - Tu ne partiras pas ! Tu es ma femme et tu le resteras ! cria papa. »

Maman se débattait et appelait au secours, espérant que quelqu’un l’entende. Papa l’insulta et se mit à la frapper à coups de poings d’abord, puis avec les genoux. Une fois maman à terre, il la martela de coup de pieds jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus se débattre.
J’avais grande envie d’aller l’aider mais mes jambes étaient comme paralysées tant j’avais peur.

Quelques temps plus tard, maman bougeait encore faiblement, sans proférer la moindre plainte, puis elle s’immobilisa. Elle était inerte, couverte de son propre sang.

Papa s’arrêta enfin de la frapper et se retourna vers l’escalier menant au grenier, là où je me trouvais.
Dès qu’il mit le pied sur première marche, je retournai me cacher derrière le vieux piano. J’ouvris à nouveau les oreilles, les marches de l’escalier grinçaient sous le poids de papa.

On aurait dit, à chacun de ses pas, qu’un grondement de tonnerre retentissait.
La porte s’ouvrit et la lumière du couloir filtra au travers de la rainure de la porte. La silhouette de papa se montra, il me dit d’une voix douce et calme :
« Mon garçon, où es-tu ? Viens, je ne te ferai pas de mal. Aie confiance ! »

Non ! Je n’avais pas confiance, j’avais trop peur...
Je l’entendais qui se rapprochait maintenant du piano. Seconde après seconde, Les battements de mon cœur s’accéléraient. J’étais terrorisé !
Je ne tenais plus, je devais m’enfuir. Je sortis alors brusquement de derrière le piano et me mis à courir vers la sortie. Comme je bousculais papa de l’épaule pour me frayer un chemin, je sentis quelque chose me serrer le bras : la poigne de fer de papa m’agrippait fermement et me retenait.
Je fus saisi de panique et me débattis. L’air diabolique, papa, enragé, me cria :

« Toi aussi tu veux résister ? »

Comme il me serrait le bras de plus en plus fort, j’essayai de me libérer de son étreinte mais il m’attrapa la tête et la cogna avec violence contre le rebord du piano.

Une fois.. .deux fois... puis trois.. .quatre.. .Peut-être plus, je ne me souviens plus combien exactement.

Le piano résonnait de son son cassé dans tout le grenier. J’aurais parié que les murs tremblaient.

Brusquement, une douleur atroce à l’œil droit m’arracha un cri aigu tandis que papa me poussait violemment. Je perdis l’équilibre et chutai près des trophées de maman, posés sur une étagère. J’en restais étourdi.

Papa s’approcha de moi et me demanda d’une voix tout aussi calme que précédemment : « Alors, tu ne veux toujours pas te montrer gentil avec ton petit papa ? »

Je ne l’écoutais pas, j’utilisais mes dernières forces à me traîner jusqu’à la porte de sortie lorsque les paroles de papa me parvinrent :

« Si tu n’es pas sage, je te punirai ! » me promit-il.
Alors, il prit un trophée et l’utilisa pour me frapper au visage. Il me toucha au nez, j’entendis un gros « CRAC » ensuivi aussitôt d’une douleur abominable.
Le sang m’inonda le visage, j’avais mal. . . tellement mal.

Le lendemain, au petit jour, à mon réveil, j’étais encore « assommé ». Mon visage était recouvert de bandages et un gros pansement recouvrait mon œil droit.

J’étais dans une chambre blanche, des dames vêtues de blanc m’amenèrent à manger.
C’était des infirmières, j’étais à l’hôpital !
Une larme glacée coula sur ma joue. Je me sentais seul... tellement seul.

Aujourd’hui, j’ai vingt ans. A moitié aveugle, je vis sous les ponts, avec pour seule compagnie un chienne que j’ai appelée Marie, comme ma mère (Qu’elle repose en paix...).

Je recherche un certain Louis, mon père et, si je le retrouve (même si je préfère ne jamais le revoir), je lui dirai combien je le hais.

Abdelhamed OUARAB, 2GTIA